COMMENTAIRE SUR PHILIPPIENS, par Dr. Wilbert Kreiss - index  COMMENTAIRE SUR PHILIPPIENS, par Dr. Wilbert Kreiss - index


 

LA VIE DE PAIX: UNE VIE DE PLÉNITUDE BIENFAISANTE (4:2-9)

"J'exhorte Evodie et j'exhorte Syntyche à être d'un même sentiment dans le Seigneur. Et toi aussi, fidèle collègue, oui, je te prie de les aider, elles qui ont combattu pour l'Evangile avec moi et avec Clément et mes autres compagnons d'oeuvre, dont les noms sont dans le livre de vie. Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur; je le répète, réjouissez-vous. Que votre douceur soit connue de tous les hommes. Le Seigneur est proche. Ne vous inquiétez de rien, mais en toutes choses faites connaître vos besoins à Dieu par des prières et des supplications, avec des actions de grâces. Et la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, gardera vos coeurs et vos pensées en Jésus-Christ. Au reste, frères, que tout ce qui est vrai, tout ce qui est honorable, tout ce qui est juste, tout ce qui est pur, tout ce qui est aimable, tout ce qui mérite l'approbation, ce qui est vertueux et digne de louange, soit l'objet de vos pensées. Ce que vous avez appris, reçu et entendu de moi, et ce que vous avez vu en moi, pratiquez-le. Et le Dieu de paix sera avec vous" (4:2-9).

Evodie..., Syntyche:

Deux femmes dont nous ne savons que ce que les versets 2 et 3 de ce chapitre veulent bien nous en dire. Autrement dit, pas grand-chose. L'apôtre leur donne un bon point et un mauvais point. Le bon point est qu'elles ont combattu avec lui pour l'Evangile. Peut-être comme diaconesses, mais le texte ne le dit pas, en tout cas comme membres fidèles de l'Eglise et témoins zélés et ardents du Christ. Des chrétiens comme Evodie et Syntyche, il y en a toujours eu dans l'Eglise, mais ils ne sont pas si nombreux que cela. Les pasteurs rêvent d'en avoir un peu plus. Alors on comprend que Paul leur fasse un compliment en passant.

Le mauvais point, c'est qu'elles se sont manifestement querellées, qu'il y a eu une dissension entre elles. Pas très grave, parce que Paul ne s'y attarde pas, mais elle a dû durer un certain temps, sinon Epaphrodite ne lui en aurait pas parlé et lui-même n'en ferait pas mention. On notera aussi qu'il ne prend pas position. Comment le pourrait-il, puisqu'il n'a pas été là pour voir ce qui s'est passé? Alors il demande à un homme qu'il appelle son "fidèle collègue" de les aider à régler leur différend. Pas grave, peut-être, mais Paul, comme il l'a déjà fait savoir aux Philippiens (1:15-17.27; 2:1-4) et comme il l'écrit dans pratiquement toutes ses épîtres, n'aime pas les tensions et les dissensions dans l'Eglise.

Fidèle collègue:

Sans doute un des responsables de l'Eglise de Philippes, un des évêques ou diacres mentionnés dans 1:1. Certains commentateurs ont pensé que le mot grec traduit par "collègue" était peut-être en réalité un nom propre. Il signifie littéralement "celui qui porte le même joug". Il faut noter cependant que si l'apôtre parle souvent de compagnons de travail ou de combat, il n'emploie pas ailleurs ce mot pour désigner un serviteur de l'Eglise. Certains sont allés jusqu'à émettre l'hypothèse que cet inconnu n'était pas si inconnu ou plutôt si inconnue que cela, puisqu'il s'agissait de sa femme que Paul aurait laissée à Philippes! On a envie de dire: "N'importe quoi!" Le mystère demeure et cette personne restera toujours pour nous dans l'anonymat. Soyons assez humbles pour l'admettre et reconnaissons aussi qu'il existe dans la Bible des problèmes plus importants que celui-là!

Compagnons d'oeuvre:

L'apôtre nomme d'abord un certain Clément. Certainement un autre responsable de l'Eglise, un des premiers convertis de Philippes qui a eu à coeur de l'aider ensuite à répandre l'Evangile et à implanter l'Eglise dans cette ville. Il s'agit peut-être de celui qui est entré dans l'histoire de l'Eglise sous l'appellation "Clément de Rome", évêque, c'est-à-dire pasteur à Rome et auteur d'une lettre à l'Eglise de Corinthe qui a joui d'une certaine autorité dans l'Eglise de l'époque. Ce n'est qu'une hypothèse. Et puis il y a tous les autres "compagnons d'oeuvre" de Paul, tous ceux qui, gagnés par le Christ, l'ont aidé par leur témoignage à le faire connaître autour d'eux et qui sont devenus en quelque sorte les successeurs de l'apôtre à Philippes.

Le livre de vie:

L'expression vient de l'Ancien Testament (Exode 32:32; Psaume 69:29; Jérémie 17:13; Daniel 12:1). On la retrouve dans l'Apocalypse (Apocalypse 3:5; 13:8; 20:12; 21:27). C'est le registre céleste sur lequel figurent les noms de tous les enfants de Dieu. Ils sont citoyens du ciel, et cela est noté quelque part, comme dans tout Etat qui se respecte. C'est une image, bien sûr. C'est de toute éternité que Dieu a inscrit les noms des siens dans ce livre que l'Apocalypse appelle le "livre de vie de l'agneau qui a été immolé dès la fondation du monde" (Apocalypse 13:8). C'est donc le registre des élus, le livret de famille du Seigneur. L'encre en est indélébile. Aussi vrai que personne ne peut arracher les brebis de la main du Bon Berger, personne n'a accès à ce livre pour en rayer des noms. Aussi longtemps que les enfants de Dieu lui restent fidèles, leurs noms y sont inscrits.

Réjouissez-vous:

Après les recommandations des versets précédents, l'apôtre revient sans transition à ce qu'on peut considérer comme le thème principal de sa lettre aux Philippiens: l'appel à la joie. La joie "dans le Seigneur", car elle seule est vraie et durable. Fondée sur l'amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ, elle demeure éternellement. Un peu comme la paix dont l'apôtre parle aussi si souvent. "Je le répète, réjouissez-vous!" Cf. la même répétition dans Philippiens 3:1. Il y a de ces choses que Paul aime à répéter, que Jésus a été crucifié pour notre salut (1 Corinthiens 2:2), que le chrétien est un homme heureux (Philippiens 3:1; 4;4), mais aussi qu'il faut se méfier des faux docteurs (Galates 1:9).

La joie chrétienne est un don précieux. Elle aide notamment à surmonter les épreuves et les tentations. Le soleil de la grâce luit en permanence pour le croyant, même aux heures difficiles et sombres de la vie. Cette permanence est affirmée par l'adverbe "toujours": "Réjouissez-vous toujours!" Dans une autre épître, saint Paul nous dit comment la joie chrétienne se manifeste: "Entretenez-vous par des psaumes, par des hymnes, par des cantiques spirituels, chantant et célébrant de tout votre coeur les louanges du Seigneur. Rendez continuellement grâces à Dieu le Père pour toutes choses, au nom de notre Seigneur Jésus-Christ" (Ephésiens 5:19.20).

Douceur:

C'est la traduction de Segond. La TOB a opté pour le mot "bonté", la Bible du Semeur pour l'expression "amabilité". Ce sont presque des synonymes, mais chaque terme a son petit parfum particulier. L'apôtre veut caractériser les relations que les chrétiens entretiennent les uns avec les autres. Elles sont faites de douceur, de bonté ou d'amabilité. C'est le contraire de la dureté et de l'intransigeance. Le mot grec traduit exprime quelque chose comme l'aptitude à renoncer à son bon droit. Le propre du chrétien est de savoir mettre de l'eau dans son vin. S'il est à cheval sur tout ce qui touche à la vérité et sur les principes de la morale, il sait ne pas l'être quand il y a va de son bon droit personnel. Il est animé par un esprit de conciliation, dût-il y laisser quelques plumes. La bonté, l'amour, l'union, la paix sont à ses yeux des valeurs plus importantes que la justice et le droit. En tout cas en ce qui concerne ses relations avec autrui. Il a pour cela un bon modèle: Jésus-Christ qui, en songeant à ses bourreaux, n'a pas exigé que justice soit faite, mais imploré son Père pour qu'il leur pardonne.

Et pourquoi cet appel à la joie et à la douceur? Parce que "le Seigneur est proche". Il revient bientôt. L'apôtre a-t-il cru un moment que Jésus allait revenir incessamment, de son vivant, pour changer d'opinion en vieillissant? Certains le prétendent. Je n'arrive pas à m'en convaincre. Non pas parce que cela reviendrait à attribuer au grand saint Paul des hésitations et des incertitudes. Pourquoi pas? Paul ne savait pas tout, mais ne connaissait que ce que le Seigneur voulait bien lui révéler, et il n'a pas voulu lui dire la date du jour "J". Si je n'arrive pas à m'en convaincre, c'est parce que Paul était bien placé pour savoir qu'il fallait qu'auparavant l'Evangile soit annoncé au monde entier. Il savait ce que le Christ avait dit aux apôtres avant de remonter au ciel (Matthieu 28:18-20) et se souvenait de ce qu'il lui avait dit personnellement (Actes 26:15-18). Une seule chose compte en fin de compte: c'est de vivre dans l'attente constante du retour de Jésus.

Il est vrai que cela fera bientôt deux mille ans que les chrétiens l'attendent. Alors, viendra ou ne viendra pas? Viendra, bien sûr, et 2 Pierre 3:8-10 nous dit pourquoi il n'est pas déjà venu. C'est peut-être une raison de plus pour remercier le Seigneur. Il veut sauver beaucoup d'hommes. Aussi nous qui sommes en train d'étudier cette belle épître, et s'il était déjà venu, il serait peut-être venu trop tôt pour nous. Trop tôt pour nous sauver. Mais Jésus reviendra. En attendant ce beau jour, jour de résurrection (3:11) et de glorification (3:20.21), le chrétien vit le coeur rempli de joie et de douceur. Ce serait grave, s'il nous disait ce jour-là: "Retirez-vous de moi, je ne vous connais pas. J'ai été doux et vous ne l'avez pas été!"

Ne vous inquiétez de rien:

C'est une exhortation à la paix intérieure et à la prière. Les deux vont d'ailleurs toujours ensemble. Ne pas s'inquiéter, c'est avoir la paix dans le coeur, et ce n'est possible que si on sait qu'un autre, le Seigneur lui-même, s'inquiète pour vous. L'apôtre exhorte donc les chrétiens à lui faire connaître leurs besoins. Pierre dit la même chose, quand il les invite à se décharger sur lui de tous leurs soucis, car lui-même prend soin d'eux (1 Pierre 5:7). Et qui l'a dit mieux que Jésus dans le texte admirable de Matthieu 6:25-34, qu'il faudrait relire ici à tout prix?

L'apôtre sait de quoi il parle. Il sait ce que s'inquiéter veut dire et est bien placé pour le savoir. N'est-il pas en prison, une fois de plus, après Philippes et Césarée, et cette fois à quelques pas de l'empereur qui ne doit pas avoir de sympathie particulière pour lui? Et n'a-t-il pas connu déjà bien des sévices, des brimades et des épreuves (faim, soif, froid et nudité, flagellation, lapidation et naufrage)? Cf. 2 Corinthiens 11:22-33. Une seule solution, quand le coeur est inquiet parce que l'avenir sombre: "faire connaître" ses besoins à Dieu. "Demander", "chercher", "frapper", dans le vocabulaire de Jésus (Matthieu 7:7.8). La prière du chrétien est demande, imploration, supplication, quelquefois soupir et gémissement. Mais elle est aussi "action de grâces". Le chrétien remercie toujours le Seigneur, pour les exaucements accordés précédemment, et pour celui qui le sera maintenant, car il n'en doute pas.

La paix de Dieu:

C'est comme cela, en priant, qu'on la garde ou qu'on la retrouve. L'apôtre précise qu'elle vient de Dieu et qu'elle passe par Jésus-Christ. Ce n'est pas seulement cette paix que le chrétien ressent dans le coeur et qu'il ressent d'ailleurs plus ou moins, selon les temps et les circonstances, mais c'est aussi et avant cela la paix que Dieu lui offre en Christ, celle que les anges ont chantée à Bethléhem et qui a été faite à Golgotha, quand Jésus a réconcilié le monde avec Dieu. On appelle cela en théologie la paix objective. Elle garde les coeurs et les pensées des chrétiens en Jésus-Christ, dit Paul. Et il ajoute qu'elle "surpasse toute intelligence". Elle ne s'explique pas. C'est incroyable, ce qu'elle peut faire. Cela dépasse toute imagination. L'attitude de l'apôtre au milieu de ses tribulations en est un bon exemple. Celle des martyrs de tous les temps aussi. Et celle des chrétiens également. Ils savent étonner le monde par la façon dont ils affrontent les épreuves, par leur courage, leur confiance et leur paix intérieure. Certes, ils ne le font pas tous de la même façon, et il y a aussi des chrétiens qui, dans la souffrance, déshonorent Dieu plus qu'ils ne l'honorent. Mais il existe des exemples lumineux, et plutôt que de jeter la pierre à ceux qui le sont moins, je préfère demander au Seigneur de me donner assez de paix pour en être un, quand viendra pour ma foi l'heure du test.

Au reste...:

La joie, la douceur, la paix. Oui, mais là ne s'arrêtent pas les obligations du chrétien. L'apôtre "pousse le bouchon plus loin". Il y a encore tout le "reste", c'est-à-dire tout ce qui est "convenable", "juste", "pur", "aimable", "vertueux", qui "mérite l'approbation", qui est "digne de louange" (V.8.9). La liste ne se veut certainement pas exhaustive, mais il faut bien qu'elle s'arrête quelque part! Tout cela, les Philippiens l'ont appris auprès de Paul, ils l'ont "reçu et entendu" de lui. Il a dû leur en donner l'exemple, et c'est sans doute aussi en cela qu'ils étaient appelés à être ses imitateurs (3:17). Eh bien, que ce soit l'objet de leurs pensées, qu'ils le mettent en pratique.

Pour donner plus de poids à son exhortation, saint Paul y attache une belle promesse: "Le Dieu de paix sera avec vous". Il sera près d'eux. Ils ne seront jamais seuls, mais Dieu se tiendra à leur côté. Et, comme le disait ce croyant, "quand on a Dieu de son côté, on est toujours dans la majorité". Le "Dieu de paix"... Deux versets plus haut, Paul parlait de la "paix de Dieu". La paix! Tout tourne autour d'elle. Celle que Jésus a acquise en agonisant sur la croix. Non pas un armistice, une cessation provisoire des hostilités ni même une coexistence pacifique, mais la paix totale, celle qu'il donne aux siens et qu'il ne donne pas comme le monde donne, qui permet à leur coeur de ne pas se troubler ni de s'alarmer (Jean 14:27). "La paix soit avec vous!" La première chose que le Ressuscité dit aux disciples en les revoyant et qu'il ne cesse de leur répéter (Luc 24:36; Jean 20:19.21.26).

 

Questions de révision et exercices:

 


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3-Janvier-2003, David Milette.